Traduction

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Parlons maintenant de Phryné de Thespies. Accusée de meurtre par Euthias, elle fut finalement acquittée. D'après Hermippos, la chose irrita tellement cet homme de loi qu'il ne plaida plus après cette affaire.Hypéride, l'avocat de Phryné, n'ayant pas réussi à émouvoir les juges et se doutant qu’ils allaient la condamner, décida de la mettre bien en vue, déchira sa tunique et dévoila sa poitrine à tout le monde. À ce moment, il tint des arguments si pathétiques que les juges, pris soudain d'une frayeur superstitieuse vis-à-vis d'une servante et prêtresse d'Aphrodite, se laissèrent gagner par la pitié et s’abstinrent de la mettre à la mort. Toutefois, après son acquittement, un décret fut voté, par lequel aucun défenseur ne saurait user de sensiblerie et qui, en outre, interdisait à tout personne accusée d’être regardée par ses juges. Il faut bien avouer que la splendeur de Phryné résidait dans ce qu’elle ne montrait pas. C’était impossible de la voir nue, car elle était toujours vêtue d'une tunique qui dissimulait les charmes de son corps ; de plus, elle n'allait jamais aux bains publics. Un jour, cependant, à la grande assemblée des Eleusines et aux fêtes de Poséidon, elle ôta son manteau devant tous les Grecs, laissa tomber ses longs cheveux et entra dans l'eau dans le plus simple appareil. Elle servit de modèle à Apelle quand il peignit son Aphrodite Anadyomène, mais aussi au sculpteur Praxitèle, son amant, qui sculpta l’Aphrodite de Cnide à son image ; et, sur le socle de son Éros, qui se trouve au pied de la scène du théâtre, il grava ces vers :  

« Praxitèle a fait cet Éros en le tirant de son propre cœur ; il m’a donné à Phryné : je suis moi-même mon propre salaire. Et si je jette des charmes, ce n'est plus avec mes flèches, mais avec mon regard de braise » 

Plus tard, Praxitèle demanda à Phryné de choisir une de ses statues, curieux de savoir si elle préférait, soit son Éros, soit son Satyre, celui qui se dressait dans la rue des Trépieds. Or elle prit l'Éros qu'elle offrit plus tard comme ex-voto à Thespies. Les amis de Phryné firent couler une statue d'or à son effigie qu'ils érigèrent ensuite à Delphes, au sommet d'une colonne en marbre du Pentélique, sculptée par Praxitèle. Quand le cynique Cratès découvrit l'œuvre, il s'écria que c'était un monument dressé au laisser-aller de la Grèce. Cette statue, que l'on peut encore voir entre celle d'Archidamos, roi de Lacédémone, et celle de Philippe, le fils d'Amyntas, porte la dédicace suivante : « Phryné, fille d'Épiclès de Thespies » ; c'est en tout cas ce que nous dit Alcétas dans le deuxième livre de son ouvrage consacré aux offrandes delphiques.