TEXTE 4 : Ovide, Fastes, 3, vers 595-625

traduction du texte

Voici une traduction de Anne-Marie Boxus et de Jacques Poucet :

La Phénicienne en exil est ballottée sur les flots houleux
et couvre de son vêtement ses yeux baignés de larmes.
Alors pour la première fois, elle jugea "bienheureuses" sa soeur Didon
et toutes les femmes dont le cadavre a pesé quelque part sur terre.
Un immense coup de vent dirige la nef vers le rivage des Laurentes ; tous débarquent, mais le bateau est englouti et périt. Déjà le pieux Énée était devenu maître de ce royaume,ayant épousé la fille de Latinus, et il avait fusionné leurs deux peuples. Sur ce rivage reçu en dot, accompagné du seul Achate, Énée s'engage, pieds nus, sur un chemin écarté;il aperçoit alors Anna qui errait, et ne peut croire que c'est elle: que viendrait-elle faire dans les champs du Latium? Tandis qu'il est perdu dans ses pensées, Achate s'écrie: "C'est Anna". Entendant son nom, elle leva son visage.
Hélas! Va-t-elle fuir? Que faire? Où chercher un trou où se glisser?
Sous ses yeux se dressait celui qui avait perdu sa soeur infortunée.
Le héros, né de Cythérée, comprend et dit à Anna toute tremblante,
- en pleurant cependant, ému à ton souvenir, Élissa -:
"Anna, par cette terre que me destinait un oracle plus favorable,comme tu l'as souvent entendu dire autrefois, par les dieux emportés avec moi et installés depuis peu en ce lieu,je jure que souvent ils m'ont reproché mes atermoiements. Pourtant, je n'ai pas cru qu'elle mourrait: cette crainte ne m'a pas effleuré. Hélas, elle s'est montrée plus forte que je ne l'en croyais capable! Ne me raconte rien: j'ai vu les blessures imméritées marquant son corps lorsque j'ai eu l'audace de visiter les demeures du Tartare. Mais, que tu abordes nos rivages poussée par la raison ou par un dieu, accepte les avantages que t'offre mon royaume.
Je te dois beaucoup, je m'en souviens, et il n'est rien que je ne doive à Élissa: tu seras bienvenue en ton nom, et bienvenue au nom de ta soeur".